L

 

languette

 

Le lendemain, jour anniversaire de l’Empereur, Max doit rester au lit tandis que nous avons congé. Je vais lui rendre visite. Sa tante lui a laissé une boîte de languettes de chocolat, sur laquelle elle a écrit : “ Pour le sauveteur ”.

Ernst Toller, Une jeunesse en Allemagne

liégeois (chocolat)

 

Sa honte, l’autre jour à Cannes, lorsqu’il s’était vu avec elle, tous deux attablés à la terrasse du Casino, chacun dégustant en silence un énorme chocolat glacé avec trop de crème fouettée. C’était lui qui avait proposé le chocolat liégeois.

Albert Cohen, Belle du Seigneur

Liotard (Jean-Etienne)

 

De leur côté, Pons et Schwab nettoyèrent, époussetèrent le musée de Pons, l’appartement, les meubles, avec l’agilité de matelots brossant un vaisseau d’amiral. Pas un grain de poussière dans les bois sculptés. Tous les cuivres reluisaient. Les glaces des pastels laissaient voir nettement les œuvres de Latour, de Greuze et de Liautard, l’illustre auteur de la Chocolatière, le miracle de cette peinture, hélas ! si passagère.

Honoré de Balzac, le Cousin Pons

 

« L’archiduchesse 


As-tu vu mon petit plateau ?... J’en suis très fière ! 


 

Le duc


Vous êtes déguisée en ?... 



 

L'archiduchesse 


En Chocolatière

- De Dresde. 



 

Le duc 


Ra-vis-sant’ !. .. mais votre chocolat 


Doit bien vous ennuyer. »

Edmond Rostand, L’Aiglon

 

Ce soir-là, c’est à “ la Belle Chocolatière ”, restaurant suisse, situé, comme on sait, au bord de la Seine, que dînait madame de Bonmont avec l’élite guerrière du nationalisme, Joseph Lacrisse, Henri Léon, Jacques de Cadde, Gustave Dellion, Hugues Chassons des Aigues, et madame de Gromance qui, comme le remarqua Henri Léon, ressemblait beaucoup à la jolie servante du pastel de Liotard, dont une copie très agrandie servait d’enseigne au cabaret.

Anatole France, Monsieur Bergeret à Paris

 

liqueur

 

Enfin Mademoiselle sacrifia trois bouteilles des fameuses liqueurs de madame Amphoux, la plus illustre des distillatrices d’outre-mer, nom cher aux amateurs.

Honoré de Balzac, La Vieille Fille

 

Telle succulente odeur issue de la cuisine, donnait faim aussitôt. Céline permettait qu’il écornât discrètement la pâte de la tourte ou qu’il goûtât le marasquin en suçant le bouchon de la fiole.

Paul Adam, L’enfant d’Austerlitz

 

M

 

métate

 

On disait que celui qui passait la langue sur la pierre à moudre qu’on appelle metlatl perdrait ses dents sans retard ; c’est pour cela que les pères et les mères défendaient à leurs fils de lécher les métates.

Fray Bernardino de Sahagùn, Histoire générale des choses de la Nouvelle-Espagne

 

Oh, divine chocolate!

They grind thee kneeling,

Beat thee with hands praying,

And drink thee

with eyes to heaven.

Marco Antonio Orellana, XVIIIe siècle

 

Mexique

 

Je voudrais vous envoyer un chaudron plein d’un chocolat épais et bien battu, fait au véritable cacao de Soconosco, et rehaussé de malicieuse vanille, avec, flottant à la surface, une felouque tissée de gâteaux de Vercelli, pavée de biscuits de Novara ou de Chieri, aux murs incrustés de mosaïques en bonbons de Mondovi.

Lettera del cav. Benvenuto Robbio Conte di S. Rafaele al padre Giovambatista Roberti, XVIIIe siècle

moule

 

Il ne faut pas que la pierre soit trop chaude ; et pour que le chocolat ait un beau lustre, on l’en retirera promptement ; on le roulera sur une feuille de parchemin, on le coupera par morceaux d’un quarteron, divisés en quatre tablettes, qu’on mettra dans des moules de fer-blanc. On toquera les moules sur la pierre jusqu’à ce que le chocolat devienne uni et luisant.

Mme Utrecht, Vve Friedel, Le Confiseur Impérial

 

Il y avait des rouleaux de sucre de pomme qui ressemblaient à des bâtons de maréchal, et des poupées plus grandes que les petites filles à qui elles étaient destinées ; les tambours et les trompettes se trouvaient à côté des régimens de cavalerie légère en plomb et des pistolets en chocolat.

Émile Marco Saint-Hilaire, Souvenirs intimes du temps de l’Empire

 

Le petit bonbon comprend les pastilles de miel aussi bien que les boîtes à surprise, les serpents à sifflets, la légendaire pipe en sucre, le cygne en chocolat, le bâton de réglisse, enfin toutes les sucreries ayant pour but d’assurer la tranquillité des bonnes d’enfants et des parents au détriment de l’estomac des enfants.

Le cri du peuple*, à la fin du XIXe siècle.

 

 

* Journal de Jules Vallès. Article cité par Marie-Hélène Bourquin, Miroir de l’Histoire, avril 1971.

moulin à cacao

 

Johan Rieke, Former cocoa windmill De Goede Verwachting in Amsterdam, 1887.

moulinet

 

[…] ceux qui s’en servent [atolle] pour prendre le Chocolate, en font dissoudre une tablette [de chocolat] dans de l’eau chaude, & puis la remuent avec le moulinet dans la tasse où l’on veut boire, & quand il est en écume ils remplissent le reste de la tasse d’Atolle tout haud, & puis ils le boivent chaudement gorgée à gorgée.

Philippe Sylvestre Dufour, Traitez nouveaux & curieux du café, du thé et du chocolate…

 

On nous porta du lait dans deux bols de bois. nous y goûtâmes. l’un d’eux écumait comme du syllabub. je vis une femme le préparer, avec une baguette comme on fait pour le chocolat.

Johnson et Boswell, voyage dans les hébrides

 

Le capitaine Le Compte nous invita à partager son déjeuner, pendant que des matelots français transportaient sur le schooner le peud’objets qu ils comptaient emporter, dans l’intention généreuse de laisser leurs tentes à la disposition des prisonniers.

C’est la fortune de la guerre, messieurs, dit le capitaine Le Compte en faisant tourner artistement le moussoir d’une chocolatière. Bon, c’est excellent, Antoine.

Fenimore Cooper, Sur terre et sur mer

 

“ Qu’avez-vous pour le goûter ? ” demanda Fermina de sa voix ferme et indifférente.

Pilar fit le geste de rouler, entre ses mains, une spatule dans une chocolatière.

Valery Larbaud, Fermina Marquez

mousse

 

Au premier dîner, par exemple, tiens, je lâche le mot, j’ai été ignoble. J’ai repris cinq fois de la mousse au chocolat.

Jean Anouilh, Le Sauvage

 

J’ouvre un magazine et je vois

Une jolie p’tite rousse

Qui s’tape une mousse au chocolat

Ses lèvres gourmandes

M’invitent à en prendre avec elle

Rien qu’une cuillère

Jacques Higelin, La Rousse au Chocolat, chanson

 

Ce [les femmes d’aujourd’hui] sont des stackhanovistes : amour et amours, indépendance financière et morale, culture et amitié, un ou deux sports, un ou deux amants, un ou deux enfants… Et tout cela sans les facilités dont nous, les bourgeoises d’avant 68, disposions. Et j’oubliais que nous disposions aussi des grands-mères d’antan, disponibles à la demande pour les jeudis, les week-ends, et les grandes vacances, des grand-mères qui savaient faire les œufs à la neige, le riz au lait et la mousse au chocolat au lieu de les acheter en barquettes.

Benoîte Groult, La Touche étoile

N

 

nécessaire

 

Sa Majesté arriva dans cette ville [Smorgoni, ville polonaise de la retraite de Russie], appuyé sur un grand bâton. Il faisait un froid épouvantable : les chemins étaient tellement couverts de neige et de glace, qu’on ne pouvait pas se servir de voitures.

       Une heure après son arrivée, il me dit : “ Roustam, dispose tout dans ma voiture. Nous allons partir. Tu demanderas à Méneval de l’argent autant comme il pourra t’en donner.” M. Méneval me donna 60,000 francs en or, que je plaçai dans le nécessaire de Sa Majesté[. Je partageai la somme en trois : un tiers dans un compartiment, un autre tiers dans une chocolatière en vermeil, et le reste en rouleaux dans le double fond. Je fermai le nécessaire, dont je gardai la clef, et je le mis dans la voiture.

Raza Roustam, Souvenirs de Roustam, mamelouck de Napoléon ier*

 

* Introduction et notes de Paul Cottin, Paris, Librairie Paul Ollendorf. Une note de Cottin apporte une rectification : « D’après le “ Livret de la petite cassette ”, tenu par Méneval : “ 5 décembre, à Smorgoni, à Constant, pour le nécessaire de Sa Majesté,

14.000. ” Donc, c’est à Constant, et non à Roustam, que l’argent fut remis. Il n’y a pas eu de confusion de noms, car, en suite de la note de Méneval, se trouve l’arrêté de compte authentique, de la main de l’Empereur, daté du 5 décembre et paraphé avec soin. »

 

Elle le toisa d’un œil de reproche étonné et attristé, et, pour la millième fois, se reprocha intérieurement d’être une mère trop faible, qui ne savait pas se faire craindre. Ce qui ne l’empêcha pas, dans sa tendresse charmante et absurde, interprétant l’insolence d’un bâillement qu’Albert comprimait mal comme l’indice d’une faim justifiée par l’heure du goûter, de lui demander, en atteignant un nécessaire d’où elle s’apprêtait à tirer du pain et une tablette de chocolat :

— Veux-tu manger ?

Il la foudroya d’un regard de suprême dédain, à cause des voyageurs qui s’étaient retournés vers eux, et, dissimulant sa blessure d’amour-propre — (était-il un enfant pour faire la dînette ?…) — il ébaucha un geste de refus souriant et supérieur, d’une ironie profonde.

Oh ! moi, j’ai faim, fit Mme Janville, et bonnement, elle croqua un peu de pain et de chocolat, en lui affirmant :

— Tu as bien tort, je t’assure !

Paul Margueritte, À la mer

nègre

 

On va d’arbre en arbre, & de rang en rang, & avec des gaulettes fourchuës, on fait tomber les cosses meures, prenant garde de ne point toucher à celles qui ne le sont pas, non plus qu’aux fleurs ; on employe à cela les Negres les plus adroits, & d’autres qui les suivent avec des paniers, ramassent les cosses à terre, & en font à droit & à gauche dans la Cacaoyere des pilles qu’on laisse là quatre jours sans y toucher.

De Quélus, Histoire Naturelle du Cacao, et du Sucre…

 

[…] dans une Cacaotiere bien alignée, les Negres au travail ne peuvent échapper aux yeux du Maître, ou du Commandeur […].

Jean-Antoine Bruletout de Préfontaine, Maison Rustique

 

Si les devises ont perdu de leur naïveté et de leur mérite, les bonbons eux-mêmes sont aussi bien dégénérés ; ils sont maintenant plus prétentieux que jamais : ce sont des fleurs remplies d’anisette, des haricots au rhum, des dragées au café, des bergers de sucre, des ramoneurs, des nègres de chocolat ; les passants s’arrêtent devant les boutiques de confiseurs, éblouis de toutes ces merveilles.

Mme Émile de Girardin, Le Vicomte de Launay - Lettres Parisiennes

 

Là, sur un immense fauteuil, enfoui sous des coussins, se reposait, les jambes croisées, en grignotant des pastilles de chocolat, le seigneur Amore, que nous connaissons, mais que Gilbert ne connaissait pas. 


» Aussi l’effet que lui produisit l’apparition du futur gouverneur de Luciennes se traduisit-elle d’une façon assez curieuse sur le visage du philosophe. 


» â oh ! s’écria-t-il en contemplant avec saisissement l’étrange figure, car c’était la première fois qu’il voyait un nègre ; oh ! oh ! qu’est-ce que ceci ? 


» Quant à Amore, il ne leva pas même la tête et continua de grignoter ses pralines en roulant des yeux blancs de plaisir. 

Alexandre Dumas, Joseph Balsamo

 

 

Il demanda ensuite un déjeuner d’archevêque, servi par de petits nègres vêtus de rouge. Le déjeuner couvrit une table subitement apparue, et les petits nègres entrèrent avec les vins et le chocolat !

Émile Souvestre, Au coin du feu

 

Les voyez-vous dans le parc devant la Diane d’Allegrain, le duc et la comtesse qui s’en vont bras dessus bras dessous, comme deux amoureux de roman ? Zamore, ce joli nègre que la Du Barry a fait peindre lui présentant son chocolat, porte toujours la queue de sa robe.

Émile Cantarel, Nouvelles à la main sur la Comtesse Du Barry

 

Le long des routes, il ramassait les papiers qui avaient enveloppé du chocolat ou des savons, et sur lesquels on voyait des nègres et des palmiers, des aimées et des bouquets de roses.

Émile Zola, Une page d’amour

noir

 

Je dis “ L’ami de Liliana. ” Je dépose mes offrandes sur ses genoux, les biscuits à la guimauve qu’elle aime, du pain sucré, du chocolat noir. Doña Tilla ne remercie pas.

Jean-Marie Le Clézio, Ourania

O

obus

 

— Cela veut dire, amis Dutailly, que votre capitaine est un intrigant et que je me réjouis d’avoir démonté les batteries de ce fanfaron, à la faveur de cet engin.

Et, prenant un album de photographie, j’en assénai un coup violent sur la tête de l’obus qui éclata en mille morceaux… de chocolat ! Il était en chocolat ! et sema, sur le tapis, toute une mitraille de dragées, de pralines et de pistaches !

Un éclat de rire salua cette explosion, et je puis dire, ce dénouement.

Victorien Sardou, L’Obus*

 

* Conte. Dans La Revue Franco-Américaine, Québec, 2ème année, 1909.

œuf

 

Quand on mange au chaud le gâteau [de Noël]

On mange les œufs [de Pâques] derrière le fourneau.

Dicton

 

Il me semble que je décompose ces fragments du passé comme je débobelinais les lièvres de Pâques, sur la table de la cuisine. Je revois l’excitation du jour, les œufs merveilleux, multicolores — les œufs pondus par le lièvre de Pâques.

Pascal Quignard, Le Salon du Wurtemberg

 

Moi, j’aime bien Pâques ; c’est une chouette fête ; on a vacances à l’école, on mange des tas d’œufs en chocolat, et tout le monde voyage, comme les cloches : mais nous on ne va pas à Rome, on va chez mémé, qui habite à la campagne, très loin de chez nous.

Goscinny & Sempé, Histoires inédites du Petit Nicolas, « Mes vacances de Pâques », 2006

Fabrication des œufs de Pâques en chocolat, Paris, 1936.

Phot. Agence Meurisse.

ourson

 

La cache avec Éliane dans le jardin de Tantlérie, censément le trésor de l’île déserte. […] On avait enfoui des morceaux de verre, du papier de chocolat, des sous, des bonbons, un ours en chocolat, un anneau de rideau censément une alliance de mariage pour quand elle serait grande.

Albert Cohen, Belle du Seigneur