Perron

(France)

 

Chocolaterie française établie au 3 rue des Amandiers-Popincourtà Paris, et aujourdhui disparue. Sans doute avait-elle un magasin rue Vivienne, car, dans les années 1830, une publicité concernait le « Chocolat de Perron ». Ainsi trouve-t-on un encart en 1835 (mardi 3 mars, n° 62) dans le journal LEntracte: « Au cacao des îles, 2 f au caraque pur, 3 f. Leur douceur et leur pureté les distinguent de tous ceux connus. Rien nest plus léger et plus suave que celui au caraque. Rue Vivienne, n° 9, au fond de la cour. »En fait, on sait peu de choses de cette fabrique, sinon quelle abritait plusieurs machines conçues par G. Hermann et quelle était estimée de la Société dEncouragement pour lIndustrie Nationale. « Votre comité [comité des arts mécaniques] a aussi vu avec satisfaction les ateliers de M. Perron, dans lesquels le chocolat de diverses qualités est fait avec unsoin particulier », écrit M. Francœur dans un Bulletin de cette société (novembre 1841). Les produits de la firme furent remarqués, notamment, à lexposition universelle de Londres, en 1862*.

La société anonyme Perron installa son usine, au début des années 1920, dans le quartier des Quatre-Chemins, à Pantin (Seine-Saint-Denis)sur le site dela chocolaterie Valentin (à laquelle avaient succédé les établissements Clément). Elle y demeura jusquen 1931. Sa production quotidienne sélevait à 6 tonnes.

 

* Annales du Conservatoire [impérial] [puis national] des arts et métiers, 1série, tome 3, 1862, Paris, Librairie scientifique industrielle et agricole de Eugène Lacroix, 1862.

De même que le chocolat Perron blanchit en vieillissant, à la manière des simples mortels, il paraît que certaines œuvres de M. Saint-Saëns, Henri VIII notamment, ont cela de commun avec les vins de Bordeaux qu’elles s’améliorent en voyageant.

Ely-Edmond Grimard,

dans Les Annales Politiques et Littéraires, 9 décembre 1883

Une réclame bien pensée

 

« Le meilleur chocolat est le chocolat Perron.

J'ose dire que l'industriel qui a trouvé cette phrase est un grand homme. Ses confrères se lancent dans des phrases de réclame qui n'en finissent point ; ils parlent de cacao des îles, de sucre des colonies, de mécaniques à la vapeur ; ils entrent dans toutes sortes d'explications qui sont discutables, et qui promènent l'esprit du lecteur loin de la seule chose qu'ils veulent lui apprendre : le nom de leur établissement. M. Perron ne s'embarrasse point de tous ces détails inutiles ; il tranche d'un seul mot qui n'admet pas de réplique : le meilleur chocolat est le chocolat Perron.

Que voulez-vous répondre à cela ? Trouvez-moi, s'il vous plaît, un point par où pénétrer dans cette phrase si compacte et si ferme ? Elle s'impose par sa forme brève, qui est celle de la conviction et du commandement. C'est un axiome : s'avisa-t-on jamais de discuter des axiomes ?

Et remarquez même que M. Perron ne donne point son adresse à la suite de sa phrase. Ceci, messieurs, est un trait de génie. Un nom de rue, un numéro, ce sont des choses transitoires qui ôteraient au chocolat Perron ce qu'il a d'éternel et d'immuable. Quand vous lisez ces simples mots : le meilleur chocolat est le chocolat Perron, c'est comme si l'on vous disait qu'il n'y a qu'un Perron au monde, le grand, l'illustre, l'incomparable Perron, le Perron du chocolat Perron. Vous rougissez en vous même de ne pas savoir où il demeure ; vous avez des remords en prenant le matin votre chocolat, qui n'est pas le meilleur chocolat.

Songez encore que cette phrase revient tous les jours, à la même place, dans tous les journaux qui se publient en France. Allez au fond de la Bretagne, entrez dans le plus misérable cabaret du plus honteux petit trou, demandez-y la Voix de Lesnevenou l'Échodu Huelgoat ; tournez la quatrième page ; les derniers mots que vous apercevrez, ceux qui précèdent la signature du gérant et qui ferment le journal, ceux sur lesquels vous vous endormirez, dont vous rêverez peut-être, ce sont les mots sacramentels : « Le meilleur chocolat est le chocolat Perron». Et avez-vous réfléchi à l'énorme puissance d'une même phrase qui vient sans cesse frapper le cerveau à coups réguliers ? elle s'y enfonce peu à peu ; elle y pénètre si profondément qu'il devient impossible de l'en arracher.

C'est la goutte d'eau qui creuse les rochesles plus dures. Répétez tous les jours d'un sot avéré qu'il est un homme d'esprit, il ne faudra pas bien longtemps pour que le public dise à son tour : C'est un homme d'esprit. Les meilleures raisons du monde ne peuvent rien contre une phrase toute faite. Il faut, pour comprendre de bonnes raisons, avoir de l'intelligence et se donner du mal. La foule est imbécile et paresseuse et se compose presque tout entière de moutons de Panurge. Je suppose qu'aujourd'hui l'Académie des sciences analyse le chocolat de M. Perron et démontre clair comme le jour qu'il est fait avec de la farine et de la mélasse : « — Voilà qui est bel et bien, dira la foule, mais il n'en est pas moins vrai que le meilleur chocolat est le chocolat Perron. »

 

Francisque Sarcey,

Le mot et la chose, Paris, Michel Lévy Frères, 1863.

La publicité

 

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