F. Marquis

(France)

 

En 1813, les frères Louis et François Marquis se firent une certaine réputation, à Paris, en tenant un négoce d’épicerie au 41 rue Helvétius et en y fabriquant et vendant du chocolat. Mais la société fut dissoute. Louis, qui avait épousé une confiseuse de la rue des Lombards, Mme veuve Guéland, conserva le fonds de chocolat exploité rue Sainte-Anne (anc. rue Helvétius). De son côté, François fonda sa propre affaire en 1818 au 59 passage des Panoramas. Dans son guide Le Provincial à Paris, Montigny la décrit en 1825 comme un « beau magasin de thés, tenu par Marquis, où le chocolat subit tant de métamorphoses » et conseille : « Respirons l’odeur du cacao dans le laboratoire de Marquis, fabricant de chocolat. » Dans les années 1830, l’entreprise F. Marquis occupait les numéros 57 et 59 de ce passage rectiligne reliant le boulevard Montmartre et la rue Saint-Marc — en subsistent aujourd’hui au numéro 57 (occupé par un restaurant) la devanture de bois à colonnes et le décor intérieur (sols carrelés, marbres, peintures murales, miroirs, plafond à caisson). Elle ouvrait aussi au 44 de l’actuelle rue Vivienne, adresse de son siège. Ce lieu, très fréquenté dès la Restauration, dut sa renommée à ses thés et à ses chocolats que venaient acheter les promeneurs fortunés de la Chaussée-d’Antin, lesquels pouvaient aussi y faire l’acquisition de confiseries de sucre. Le « palais aérien » de Marquis, ainsi le qualifia-t-on, était, pour le moins, somptueux : « Marquis a prodigué les chinoiseries, le cristal, la laque, le palissandre et le bois de rose ; ses colonnettes sont découpées et feuillées comme des tiges de palmiers, et partout, sur de riches plateaux, s’étale triomphalement, sous toutes les formes, le chocolat, objet et source de tout ce luxe, de toute cette splendeur. » (Edmond Texier, Tableau de Paris, 1852-1853.). Un chocolat que le Dictionnaire Général de la cuisine française ancienne et moderne… (1853) apprécie avec modération, mais peut-être la raison de cette réserve en était-elle tout simplement un excès de gourmandise : « […] le chocolat fabriqué par M. Marquis, et fort agréable du reste, est beaucoup trop saturé de beurre de cacao, pour que certains estomacs valétudinaires ou convalescents, ne s’en trouvent pas sérieusement incommodés. C’est peut-être le seul reproche qu’on puisse adresser aux chocolats de M. Marquis, dont toutes les substances paraissent de qualité supérieure, et dont la manipulation ne laisse absolument rien à désirer sous les rapports de la torréfaction et de la trituration. » Marquis produisait son chocolat dans sa fabrique sise 21 rue Boinod, mais sans doute le passage embaumait-il le chocolat… S’y promenant, un soir de décembre, en attendant que Nana fût sortie du Théâtre des Variétés, le comte Muffat, chambellan de l’impératrice Eugénie, « en retrouvait les odeurs », parmi lesquelles « des parfums de vanille montant du sous-sol d’un chocolatier. » (Émile Zola, Nana, 1880.)

Excellent chocolatier, monsieur Marquis était, en outre, homme de lettres et érudit. En témoigne un article paru dans la Revue Pittoresque, en 1848 : « M. Marquis, marchand de chocolat, — le fameux Marquis, — le seul Marquis bien connu aujourd’hui, — s’est fait l’éditeur responsable de la plupart des poètes modernes. Vous entrez chez lui et lui demandez du chocolat, et en vous en allant, tout compte fait, vous découvrez que vous avez acheté des vers de M. Hugo ou de M. Sainte-Beuve, — ou plutôt vous découvrez que Marquis vous a donné ces vers pour rien. Et encore y a-t-il ajouté, lui Marquis, de la prose de sa façon. »

Anon., Le Théâtre des Variétés et le passage des Panoramas,

vers 1820, Paris, musée Carnavalet.

Années 1870.

Années 1920.

François-Philibert Marquis succéda à son père. Il continua de faire face à la concurrence déloyale que suscitait son enseigne depuis des décennies. En effet, l’entreprise de Louis Marquis, rue Sainte-Anne, connut des acquéreurs successifs (1) qui ne manquèrent pas de vouloir profiter de la notoriété et de la vogue de la maison F. Marquis, du passage des Panoramas. Pour parfaire la confusion, en 1870, l’un d’eux, du nom de Percheron, qui avait installé son nouveau magasin au 10 rue de Richelieu, fit en sorte que de la dénomination « ancienne maison L. Marquis » le public ne vît plus que la marque « Marquis » (2). La maison F. Marquis devint société anonyme en 1920.

(1) Quand fut-elle vendue ? De 1820 à 1825, l’almanach du commerce indique « M. Marquis ou madame veuve Marquis-Guéland, fabricante de chocolat, 41, rue Sainte-Anne ». En 1843, un certain Landry figure comme « successeur de Marquis, tenant thé, épicerie et chocolat, rue Sainte-Anne, 41 ».

(2) Journal des Tribunaux de Commerce, tome 37, 1888, Paris, Chevalier-Maresq et Cie, successeurs, 1888.

Pierre Mourgue, Coll. A. P.-R.

Lorsqu’elle absorba la confiserie-chocolaterie Marquis-Siraudin, installée au 19 boulevard des Capucines, ce lieu fut rebaptisé F. Marquis. À partir de 1935, les deux marques y furent réunies, avec leurs spécialités. La maison Marquis disparut dans les années 1950 — une publicité de presse, conçue par Casal, parut dans France illustration en 1950. Au Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine), le Bois de la Solitude est le parc de la maison bourgeoise néogothique, baptisée « château de la Solitude » et aujourd’hui en ruines, que fit construire François-Philibert Marquis — il avait acheté la propriété en 1898.

En 2012, en souvenir de cette célèbre chocolaterie F. Marquis, la maison de pâtisserie Ladurée (intégrée au groupe Holder depuis 1993) lança une nouvelle marque consacrée au chocolat, « Les Marquis de Ladurée », et distribuée dans des boutiques dont la première, proche de la place Vendôme, évoque par son décor les fastes du siècle des Lumières.

L'Univers Illustré, 20 décembre 1873.

L'Univers Illustré, 23 décembre 1876

Nos hôtes nous servirent des œufs ; c’étaient toutes leurs richesses. Nous y joignîmes quelques tablettes de chocolat de Marquis ; ils parurent fort étonnés de nous voir manger cette préparation dont ils n’avaient aucune idée.

Édouard Gauttier d’Arc

Souvenirs d’Orient (1829), dans Revue des Deux-Mondes, 1831.

 

À une époque où Marquis enveloppe ses bonbons au chocolat avec les meilleurs passages des Harmonies, des Orientales, des Consolations, des Contes d’Espagne et d’Italie, du Pinto ; où les mirlitons eux-mêmes, se piquant de suivre le progrès, se guirlandent de distiques rlmés à trois lettres, il est impossible que l’Opéra, grand théâtre d’art, de luxe et de poésie, subventionné si richement par l’État, continue à offrir de pareilles pauvretés au premier public du monde.

Théophile Gautier

Histoire de l’art dramatique en France depuis vingt-cinq ans

 

Vous ne fîtes aucune attention à cette petite fille, à cette enfant qui, tout en croquant le chocolat praliné de chez Marquis que lui avait apporté sa mère, vous lançait de côté un regard furtif. Vous pouviez alors avoir vingt ou vingt-deux ans, et dans ma naïveté enfantine, je vous trouvais très beau.

Théophile Gautier

Spirite

François Marquis,

Du thé, ou nouveau traité sur sa culture, sa récolte, sa préparation et ses usages.

Paris : Nepveu, Audot, F. Marquis, 1820.

Si la rue Vivienne est coquette et fort évaporée, en revanche elle est gourmande ; c'est la capitale du chocolat, de la praline et du petit gâteau. Marquis, Félix, Bonnet offrent un asile aux jolies femmes, lasses de voir et de se faire voir ; si ces chefs-d'œuvres de l'aiguille et du ciseau arrivent aux Antipodes, disons que la renommée de ce triumvirat de la gourmandise française est parvenue jusqu'aux pôles.

Amédée Achard

dans Paris chez soi, 1855*

 

* Paris chez soi. Revue historique, monumentale et pittoresque de Paris ancien et moderne par élite de la littérature contemporaine, Paris, Paul Boizard, 1855.

 

Pendant que je me promène au milieu de cette industrie féerique, arrive le chocolatier Marquis, auquel la vue de ces merveilles semble donner la démarche et le pas de l’ivresse.

Edmond et Jules de Goncourt

Journal, 2 mai 1878

 

Qu’est-ce que les enfants prennent à quatre heures ? continua-t-elle [mère de Sarah Bernhardt]. — Mais, un morceau de pain et ce que leur donnent leurs parents pour leur goûter. — Il y a douze pots de confitures différentes, car l’enfant a l’estomac capricieux : il faudra lui donner un jour des confitures, un jour du chocolat. Il y en a six livres. » Mme Fressard sourit, toujours ironique et bienveillante. Elle prit une livre de chocolat et dit tout haut : « De chez Marquis ! Eh bien, fillette, on vous gâte. »

Mémoires de Sarah Bernhardt

La publicité

 

Après le second conflit mondial, « Marquis - Le Chocolat de Paris » commença d’insérer d’élégantes publicités dans des magazines. En 1945, une photographie noir et blanc de la boîte « La Victoire » vit célébrer le « Premier Noël de Victoire ». Les scènes de genre étaient signées par des graphistes connus, comme Jean-Adrien Mercier (1948) ou Albert Chazelle [goûter de plein air, à Pâques, 1947 (noir/blanc) et 1948 (coul.) ; départ pour la chasse, Rambouillet 1900, 1948 ; Tuileries Noël 1828, 1948]. Certaines de ces « affichettes » étaient des compositions photographiées, réalisées, par exemple, par Elshoud (1947). Il semble que ces publicités aient cessé en 1950.

De la chocolaterie F. Marquis nous sont aussi parvenus de jolies cartons et cartes publicitaires illustrés par le dessinateur René Vincent (1925), la photographe Laure Albin-Guillot, etc., ainsi que d’élégants boîtages, en bois habillé de cuir gravé de motifs à l’or fin, en carton recouvert de soie peinte à la main, etc. Des motifs les plus recherchés (« Les rosaces de Marquis ») aux compositions de roses en vogue dans les années 1920-1930, ces contenants témoignent du luxe parisien dont la marque fut un des symboles.

René Vinent (1879-1926), 1925.

Publicité parue dans un programme de théâtre, 1936.

Estampe pour F. Marquis chocolatier-confiseur, Laure Albin Guillot.

Les cartes postales

 

Carte postale.

Les boîtes

 

Boîte gainée de cuir.

Peinte par Eugène Cadel.

Divers

 

1920-1929, Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris.

Pour quelques précisions et compléments iconographiques : 

 

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