Weiss

(France)

 

Ayant quitté l’Alsace après la guerre franco-prussienne de 1870 — en 1875 semble-t-il —, et décidé à devenir pâtissier-confiseur, Eugène Weiss* (Elbersheim 1858 - Nice 1939) aurait appris son métier à Vienne, Budapest et Genève avant de se fixer à Saint-Étienne (Loire). En 1881, il y travaillait au 8 rue Général-Foy, avec Émile Gerbeaux, un Savoyard qui avait repris cette ancienne pâtisserie en 1879. Mais Gerbeaud ayant choisi de s’établir en Hongrie, Weiss devint propriétaire de son fonds de commerce, en 1882, année où il épousa une Alsacienne de Colmar, Eugénie Giroy. Il connut un tel succès que, trois ans plus tard, il dut agrandir sa boutique. Sa renommée ne fit que croître, auprès du public, mais aussi au sein de la profession — il fonda en 1901 la Chambre Syndicale des Pâtissiers et Chocolatiers et en fut le premier président. Son atelier du passage Saint-Barthélemy ne suffisant plus, il se fit édifier en 1907 une usine à l’angle de la rue Denfert-Rochereau et de la rue Gris-de-Lin, qui fut transformée en 1911. À l’époque, la gamme des produits couvrait langues de chat, gaufrettes, caramels, pâtes de fruits, nougats, Roseaux du Forez, feuilles d’automne, etc., ainsi que plusieurs variétés de chocolats (« bon courant », « santé », « fin santé », « fin vanillé »), croquettes, bâtons, cacao en poudre, chocolat granulé instantané, etc. Lorsque Eugène Weiss se retira des affaires en 1919, il céda la firme à son gendre, Albert Margainne** (1880-1925), confiseur de métier, et à son frère, Paul Margainne. L’entreprise fut dès lors toute entière consacrée à la fabrication de chocolat. Au décès d’Albert, Paul se retrouva aux commandes. Au lendemain du second conflit mondial, ce furent les fils de Paul — Pierre et Jean —, qui prirent les rênes de Weiss-Margainne. Devaient leur succéder les enfants de Jean, jusqu’à la reprise de l’affaire, en 2003, par son directeur général, Paul Ducasse. L’entreprise fut alors transférée sur un nouveau site dans l’agglomération stéphanoise.

        La firme travaille les fèves de cacao et assure, elle-même, la distribution de ses couvertures et de ses chocolats. Bonbons de chocolat, tablettes, bouchées, rochers, bûches, bâtons, barres, moulages de Pâques, cacao en poudre… Les feuilles d’automne demeurent un produit phare de la chocolaterie, avec le Napolitain, petit carré de chocolat qui accompagne le café. Weiss réalise aujourd’hui 20 % de ses ventes à l’export.

 

Un de ses frères aînés, Léon, s’établit comme confiseur à Northampton (Angleterre).

 

** Cette différence orthographique est due à une erreur d’état-civil.

La publicité

 

Eugène Weiss fut un des pionniers de la vente par correspondance. Il accorda une grande importance au catalogue vantant ses produits — le plus ancien répertorié date de 1912. Y sont présentés les boîtages destinés à mettre en valeur les divers bonbons de chocolat, à « flatter le palais en même temps que la vue ». Des boîtes en tissu soyeux peint à celles en marqueterie ou en cuir, des bonbonnières « danseuse » en porcelaine dans le style des années 1920 aux coffrets en laque peinte ou aux contenants en pâte de verre Art Nouveau signés Daum… Ces conditionnements étaient désignés par de jolis noms : fablion, lorsque leur décoration s’inspirait de fables ou de contes ; à bâtons rompus, lorsqu’ils étaient en vannerie ; idéal postal, lorsqu’il s’agissait d’un panier contenant un assortiment des spécialités de la maison ; etc. Eugène Weiss aimait à insérer dans ses catalogues des poèmes, parfois de son cru. Au gré des modes, ces plaquettes commerciales conservèrent leur élégance raffinée. Des textes signés de Miguel Zamacois (1925, Guide parfait pour offrir et recevoir), de Jean Tenant (1936,La Route Bleue Paris - Côte-d’Azur), de Franc-Nohain, etc. Des illustrations d’artistes connus, comme Sem (1925). Cette même connotationartistique perdura au fil des années. Un Pierrot et un quartier de lune stylisés accompagnent une boîte de chocolats sur la couverture du catalogue de 1960. « Au Clair de la Lune / Tu viendras, beau Pierrot, / M’apporter, non fortune / Mais bien joli cadeau. » En 1962, c’est le chat botté de Perrault qui fut à l’honneur, et, en 1966, une marchande de fleurs spécifiquement parisienne évoquant Peynet. Etc.

                    Le même souci artistique se retrouve dans les publicités destinées aux revues, telle L’Illustration, dans les années 1930, ou Plaisir de France, dans les années 1950. Les boîtes y sont souvent mises à l’honneur. Le Plaisir d’offrir se fait la devise de la marque, de la composition de René Vincent (impr. Draeger, 1922) à celle de P. Charton (1953). « La délicatesse d’offrir est fonction du goût avec lequel le cadeau fut choisi », prône un arlequin tenant dans les mains une boîte enrubannée, sur une publicité de 1946. À partir du milieu des années 1950, avec l’usage de la couleur, le dessin se stylise. Le chocolat part en quête de ses racines. La Gourmandise est figurée par un bas-relief égyptien représentant une femme dégustant un chocolat (1957). La Tentation prend la forme d’indiens aux allures de diablotins dansant parmi des boîtes au milieu des flammes (1959). Un dieu Soleil aztèque veille sur une boîte de chocolats (1963). Etc.

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