Jacquin

(France)

 

Cette chocolaterie fut créée en 1855 à Dammarie-les-Lys (Seine-et-Marne) par Joseph-Julien Jacquin. Horloger de métier à l’instar de son père, le jurassien Joseph-Julien Jacquin (1802-1855) s’établit d’abord à Evry-le-Châtel, puis à Troyes. Il s’y révéla particulièrement inventif dans le matériel utilisé en bonneterie — il déposa en 1841 le brevet d’un métier circulaire novateur — et y cofonda une fabrique de métiers en 1844. Bien que son opposition affichée au prince-président fît de lui la cible du pouvoir et qu’après le 2 décembre 1851, il s’exilât quelques mois à l’étranger, il transféra ses ateliers à Paris et créa, autour d’une turbine pour la dragéification, révolutionnaire, une fabrique de dragées exploitée avec deux partenairesPeysson et Delaborde. À sa mort, son épouse et ses trois fils — Nicolas-Jules, Jacques-Henry* et Anatole (Gustave dit), alors seulement âgé de dix-sept ans — reprirent les rênes de l’affaire, rebaptisée « Vve Jacquin et Fils » et qui connut un essor tel que l’usine de confiserie dut être délocalisée. Inaugurée en 1872, sur l’avenue de Chailly, « l’usine de Dammarie-les-Lys, près Melun, est certainement un des établissements les plus singuliers et les plus imprévus qu’il m’ait été donné de visiter », devait écrire Julien Turgan en 1880. Outre divers bonbons et, surtout, les dragées, qui firent sa réputation, la firme produisait des chocolats. De grands prix la récompensèrent à l’occasion d’expositions universelles et nationales.

La politique de l’entreprise, dont le siège social se trouvait au 12 rue Pernelle, à Paris, s’inscrivit dans la ligne paternaliste et sociale du tournant du XXsiècle. « Montrée du doigt pour sa rigueur salariale, la direction n’aura de cesse de souligner le coût de diverses initiatives telles une société de secours mutuels aux origines précoces ou une cantine créée sous l’Occupation et la mise à disposition de logements ouvriers érigés après la Grande Guerre (elle loge, à titre indicatif, 20 % de ses 424 salariés en 1951). », note Richard Michel**. À la mort d’Anatole Jacquin (1917), entrèrent dans l’entreprise son fils cadet Léon (1872-1937), diplômé de H.E.C., et son gendre Jean Ribet, polytechnicien. Jean Ribet et Léon Jacquin, maire de Dammarie-les-Lys, exercèrent de brillantes activités parallèlement à la gestion de la chocolaterie-bonbonnerie. Absorbée en 1962 par le groupe Perrier, celle-ci fusionna, en 1968, avec la Manufacture Parisienne de Confiserie. Ce qui amena Jean-Pierre Ribet, fils du précédent, à créer, en 1971, au Mée-sur-Seine, la Société Melunaise de Confiserie. Sa fermeture définitive intervint en 1980.

 

* La succession s’avéra d’autant plus délicate que Nicolas-Jules (1825) et Jacques-Henry (1829) valurent à leurs opinions républicaines d’être impliqués dans des affaires politiques. En 1855, alors que l’Empereur devait se rendre aux fêtes de Tournai par la ligne d’Hazebrouck, Lille et Mouscron, fut découverte une machine infernale destinée à faire sauter le train impérial entre Pérenchies et Lambersart. Parmi les principaux conjurés : deux réfugiés français à Bruxelles, les frères Jacquin, accusés d’avoir fabriqué l’engin et organisé le complot. « À raison des lacunes de la loi belge, lacunes comblées l’année suivante, l’extradition ne put être accordée, et les deux misérables, simplement expulsés du royaume, trouvèrent asile sur le sol anglais. » (Pierre de La Gorce, Histoire du Second Empire, Paris, E. Plon, Nourrit, 1899.)

 

** Entreprises et entrepreneurs de Seine-et-Marne : jalons historiques, Melun, Société d’édition patronale de Seine-et-Marne, 1994.

La publicité

 

Ses catalogues commerciaux et ses emballages, parfois agrémentés d’un cygne, étaient d’une rare qualité. Elle publia des chromos et, dans les années 1930, de jolies plaquettes publicitaires, éditées par les imprimeries Tolmer (Comment l’appelerez-vous?, nomenclature des saints du Calendrier, avec des illustrations signées Meyer) ou Devambez (le baptême à travers les âges, avec des compositions en couleurs de Jacqueline Duché).

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