Cantalou

(France)

 

L’entreprise affirme être « le berceau de l’industrie chocolatière », « la plus ancienne chocolaterie de France ». En 2011, elle était le numéro un du chocolat en France et la troisième chocolaterie industrielle en Europe

           En 1814, Louis Parès créa à Arles-sur-Tech (Pyrénées-Orientales), dans un vieux moulin à huile, la première fabrique de chocolat catalane. Un réfugié catalan espagnol, surnommé Pou de la Jouste, aurait confié à Parès, commerçant à Arles-sur-Tech, qu’il détenait le secret de la fabrication du chocolat, réputé pour ses vertus thérapeutiques. Compte tenu que cette fabrication, entièrement manuelle, ne requérait pas de matériel, Parès l’engagea. Torréfiées dans un four de boulanger, les fèves étaient broyées, comme cela était alors l’usage, sur une pierre de granit incurvée, avec un rouleau de granit. La pâte obtenue n’étant pas suffisamment fine et homogène au regard de la qualité souhaitée par l’entreprise, celle-ci rechercha, dans les années 1850, un nouveau procédé de broyage. C’est ainsi que les grains furent dès lors réduits en poudre au moyen des meules à huile de l’ancien moulin. L’entreprise, passée aux mains des deux gendres de Parès — Joseph Cantaloup et Émile Catala —, devint, en 1887, la société Cantaloup-Catala, laquelle fut gérée par le fils de Joseph, Léon Cantaloup, à partir de 1913. Celui-ci construisit en 1918 une usine moderne de 4 000 m2, dont il fit l’une des plus modernes de la région. Mais, ravagée par un incendie en 1927, elle dut être reconstruite, et le fut même à une plus grande échelle. Si, en 1925, elle produisait 3 tonnes de chocolat par jour, sa production quotidienne atteignait, en 1939, 8 tonnes par jour — sans compter 2 000 kg de confiserie de sucre. À nouveau détruite en 1940, par une crue du Tech, la chocolaterie fut alors rebâtie, l’année suivante, sur 10 000 m2, à Orles, à la périphérie de Perpignan, et équipée d’un matériel ultra-moderne. Après la guerre, elle fournissait 12 tonnes de chocolat par jour. Bouchées et rochers comptaient parmi ses produits phares. Toutefois, à la fin des années 1950, sa production quotidienne ne se limitait plus qu’à 3 à 4 tonnes.

               Reprise en 1962 par Georges Poirrier et rebaptisée « Cantalou », la chocolaterie connut un redressement significatif à partir de 1969. Elle opta pour la grande distribution en plein développement et choisit de vendre son chocolat sous de nombreuses marques différentes, avec pour objectif de fournir « le meilleur produit au plus bas prix ». À cette fin, un matériel ultraperformant, à haute capacité de production, permit une grande rentabilité à frais réduits. En 1996, afin de mieux maîtriser la matière première, le groupe investit dans la construction d’une usine de traitement des fèves de cacao ultra-moderne à Abidjan (Côte d’Ivoire) ; celle-ci fut opérationnelle dès octobre 1997. Ainsi l’entreprise devint-ellele premier producteur français de chocolat et l’un des dix premiers d’Europe. En 2009, elle mettait en œuvre, chaque année, 90 000 tonnes de cacao, 100 000 tonnes de sucre et 5 000 tonnes de noisettes.

             Au cours de son essor, la firme reprit diverses entreprises et marques, de chocolaterie et de confiserie, françaises et étrangères : société Stéphane (Halluin, Nord, 1974), société Frankonia (Wurzburg, RFA, 1977), marque Phoscao (1979), chocolaterie Olle* (Vallirana, province de Barcelone, Espagne, 1979), marque Cémoi (1981), marque Aiguebelle (1981), marque Pupier (1981), Chocolaterie de Tinchebray (Orne, 1982), chocolaterie Suisse Normande de Paris** (1983), Chocolatés Elgorriaga*** (Espagne, 1984), société Réal-Coppélia**** (Chambéry, Savoie, 1987), Dolis (usines à Saint-Florentin, Yonne, et à Bourbourg, Nord, 1988), fabrique de dragées Foullon (1990), société OP Chocolat***** (Cardiff, Royaume-Uni, 1991), Chocolaterie d’Aquitaine (Bègles, 1993), Confiserie Saint-Siffrein (Carpentras, Vaucluse, 1993), Chocolaterie Cheval Blanc (La Tour du Pin, Bègles, Carpentras, 1993), chocolaterie Bouquet d’Or (Villeneuve d’Asq, Nord, 2003), usine GRYF (Pologne, 2007)******, chocolaterie Jacquot (Troyes, 2007).

               Parallèlement à ces rachats et prises de contrôle, Cantalou créa des filiales — Cantalou U.K. à Londres (1984), Cantalou Inc. à New-York (1985), Cantalou Portugal (1989). Elle construisit plusieurs usines, parmi lesquelles celle de Sorbiers (Loire, 1981), spécialisée dans la fabrication d’articles saisonniers de Noël et de Pâques, l’usine Frankao (Berlin, 1983), consacrée au traitement des fèves de cacao et, en 2008, le nouveau site de production « haute qualité environnementale » sur la zone de Torremila à Perpignan. Le groupe gère aujourd’hui des usines en France et à l’étranger (Allemagne, Espagne, Angleterre, Côte-d’Ivoire). C’est en 1989 que le groupe Cantalou choisit la marque « Cémoi » pour le représenter.

         Le groupe, dont l’unité principale demeure à Perpigna*******, exporte environ 50 % de saproduction. Celle-ci est large : tablettes, confiserie de chocolat, poudres de cacao (petits déjeuners et instantanés), articles de chocolaterie de luxe, gaufrettes, confiserie de sucre. En1999 fut lancée la gamme CEMOI de chocolat biologique (Désir Chocolat 32 % de cacao, Cacao Désir Noir, Noir Noisettes entières, Lait Noisettes entières, etc.), gamme certifiée Ecocert et labellisée AB, avec le partenariat du W.W.F. (World Wild Fund of Nature). Une gamme de chocolats bio, lancée en 2003, arbore le label Bio Équitable, qui allie agriculture biologique et développement durable. Les tablettes Équateur (72 %) sont d’origine Nacional, provenant d’une vingtaine de coopératives (1 800 familles) réunies dans l’organisation UNOCACE. D’autres tablettes São-Tomé (66 %) sont d’origine amelonado, provenant de l’« île Chocolat ». Lancée en 2011, la gamme de tablettes Nature s’inscrit aussi dans cette démarche de développement équitable et durable — développer les ressources des petits producteurs locaux et redensifier les plantations de cacaoyers traditionnels. Une démarche garantie par les labels qui figurent sur les tablettes.

              Au début du IIImillénaire, Cémoi mit en place un programme de replantation de cacaoyers en Équateur, en Côte-d’Ivoire et à Saõ Tomé. Parailleurs, il est l’un des acteurs du PACTS (Professors Alliance for Cocoa Traceability and Sustainability)********, qui développe des programmes d’aide et de formation dans les pays producteurs (Côte-d’Ivoire, par ex.).

 

* Prise du contrôle de gestion. Une usine fut construite en 1982, spécialisée dans les produits de chocolat à marque de distribution et dans la fabrication de couvertures pour d’autres industries alimentaires.

 

** Elle fusionna avec la Chocolaterie de Tinchebray.

 

*** Avec une chocolaterie à Irun, spécialisée dans la fabrication de tablettes et de bonbons de chocolat, et une biscuiterie à Avila, spécialisée dans la fabrication de biscuits ronds fourrés au chocolat.

 

**** Leader français des bonbons de chocolat à la liqueur.

 

***** Société créée en 1938, spécialisée dans la fabrication de chocolats diététiques et de gaufrettes enrobées de chocolat, leader britannique des barres chocolatées à marques propres.

 

****** Spécialisée dans la torréfaction des fèves et les produits industriels.

 

******* L’usine, vaste de 32 000 m2, offre une capacité de productionquotidiennede 160 tonnes par jour pour les tablettes et de 40 tonnes par jour pour la pâte à tartiner.

 

******** Joint venture conclu entre Cémoi, Blommer (premier transformateur de cacao aux États-Unis) et Petra Food (numéro un du chocolat en Asie du Sud-Est).

Le chocolat à Perpignan au XIXxsiècle

 

« MM. Vallarino (cadet)  et Fossaty (Joseph) de Perpignan, présentent des chocolats de leur fabrication : ces exposants doivent être recommandés d'une manière particulière. Dans notre département, le chocolat, cet aliment, à la fois sain et substantiel, est un véritable produit alimentaire, et sa fabrication a lieu dans des conditions que ne surpassent certainement pas les perfectionnements usités dans le Nord, où l'on ne fait guère du chocolat qu'un bonbon. Travaillé, ici, à la pierre, il perd moins son arôme que dans les pays où une machine est employée à sa fabrication, ce dernier procédé exigeant, pour que la pâte n'adhère pas aux cylindres, un degré trop élevé de torréfaction du cacao. La consommation considérable de chocolat qui se fait dans le département, et l'exportation qui en est très grande, rendent cette branche d'industrie fort importante. »

Société agricole, scientifique et littéraire des Pyrénées-Orientales*

 

* Volume 10, Perpignan, Imprimerie de J.-B. Alzine, 1856.

La publicité

 

En 1930, le « Chocolat Cantaloup Catala. Usine hydrauliques. Arles-sur-Tech (Pyrénées Orientales) » inspira à Léon Dupin une affiche (95 x 137 cm, imprimerie Joseph-Charles, Paris) d’une grande sobriété : sur fond blanc, un africain, vêtu d’un pantalon et d’une tunique orange, coiffé d’une haute chéchia verte, semble danser en mordant dans une tablette de chocolat comme s’il jouait de la flûte de pan. À partir de 1951, la chocolaterie Cantaloup-Catala édita plusieurs centaines d’images dessinées et cinq albums réunissant chacun entre 250 et 300 images — par exemple, le n° 3 (283 images, 7,5 x 6 cm) date de 1956, et le n° 4, de 1957. Parmi les thèmes abordés : les contes de fées, les drapeaux, la faune, l’aviation, les bateaux, la flore, les minéraux, les métiers, etc.

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