J. S. Fry & Sons Ltd

(Royaume-Uni)

La plus ancienne chocolaterie britannique

 

En 1728, en un temps où le chocolat à boire était avant tout considéré sous l’angle thérapeutique, un apothicaire de Bristol, Walter Churchman, dont on sait peu de choses, se lança, dans son local de Broadmead, dans la fabrication de chocolat. Sans doute faisait-il autorité dans ce domaine puisque, dès 1729, il se vit accorder des lettres patentes du roi George II pour la machine hydraulique dont il était l’inventeur et qui lui permettait de traiter les fèves de cacao. À sa mort, son fils Charles reprit l’entreprise, qu’il géra jusqu’à sa mort, en 1761. Celle-ci fut alors acquise par un jeune Quaker, Joseph Fry (Sutton Benger, Wiltshire, 1728 - Bristol 1787), qui en racheta la patente et les recettes. Formé auprès de Henry Portsmouth, célèbre apothicaire établi à Basingstoke (Kent) et spécialisé dans les plantes médicinales, Fry avait lui-même ouvert sa propre officine à Bristol, dans Small Street, en 1748. Il avait mis au point plusieurs recettes de pâte de chocolat et avait employé toute son énergie à en fabriquer. Sa réussite l’avait amené à s’installer dans des locaux plus spacieux, dans Narrow Wine Street, en 1759.

Son rachat de l’affaire de Churchman (1761) fut couronné de succès. Aussi, en 1777, il transféra l’entreprise dans de nouveaux bâtiments sis dans Union Street. Néanmoins, la production était peu importante, souvent entravée par des approvisionnements en matières premières insuffisants, et le prix élevé, en raison des lourdes taxes douanières imposées au cacao — en 1776, une livre de chocolat Fry coûtait 7 shillings et 6 pence, soit à peine moins que le salaire hebdomadaire moyen d’un ouvrier agricole. Par delà son talent visionnaire en chocolaterie, Fry avait des intérêts dans des entreprises touchant à d’autres domaines (imprimerie, porcelaine, savon, bougies, etc.). À sa mort, sa société fut reprise par sa femme, Anna (Anna Fry & Son), puis, après la mort de celle-ci (1803), par son fils, Joseph Storrs, qui s’associa avec un certain docteur Hunt — l’entreprise fut alors rebaptisée Fry & Hunt. Lorsque, en 1822, le docteur Hunt se retira, la raison sociale devint J. S. Fry & Sons, car les trois fils de Joseph Storrs Fry (Joseph, Francis et Richard) entrèrent dans l’affaire. Pendant de nombreuses années, la fabrique produisit la majeure partie du chocolat vendu au Royaume-Uni, en un temps où les importations annuelles de cacao étaient inférieures à 100 tonnes. En 1826, le Butters Medical Directory qualifiait le losange de chocolat J. S. Fry de « substitut agréable et nutritif à la nourriture lors des voyages ». Joseph, Francis et Richard devaient succéder à leur père à la tête de la chocolaterie à sa mort, en 1835. En véritable Quaker, celui-ci avait porté grand intérêt aux problèmes d’éducation et au drame de la pauvreté. Sa femme, Ann, consacrait la majeure partie de son temps à tenter de soulager les miséreux et les exclus.

Trade Card for Churchman's Chocolate and Fry's Patent Cocoa, c. 1770

Francis (1803-1886), qui survécut à ses frères, poursuivit la politique familiale. Assisté de son fils Francis James et d’un neveu, Joseph Storrs II, il donna un tel élan à la firme qu’au tournant du XXsiècle, elle comptait huit usines à Bristol. De 16 personnes en 1835 son personnel passa à 1 500 employés dans les années 1880. De plus, en 1863, elle avait repris la firme Adolphe Lafont Chocolate, dont la plupart des produits, considérés comme « hautement salutaires pour les personnes sujettes à une débilité stomachique », étaient vendus sur le continent. L’heure était aux chocolats de santé. De son côté, la maison Fry ne fabriquait-elle pas, elle aussi, un Homeopathic Cocoa, parfaitement soluble et hautement nutritif ? Par ailleurs, Quaker extrêmement rigoriste, Francis Fry imprégna sa politique moderniste (travail journalier réduit à 8 heures, fin de semaine chômée, etc.) d’un paternalisme moralisateur dont se ressentait la vie de la cité ouvrière entourant l’usine (interdiction de boire de l’alcool, interdiction de pratiquer certains divertissements comme la danse ou les jeux de cartes). La chocolaterie comptait quelque 4 500 employés en 1896, année où elle se mua en J. S. Fry & Sons Ltd. Sept membres de la famille Fry la dirigeaient ; Joseph Storrs Fry iien était le président. La gamme de produits était alors considérable, environ 220 produits, des articles à un ou deux pennies aux superbes boîtes habillées de satin, de soie et d’or.

Trade card, 11 x 8 cm, ca 1895.

A Bristol, vers 1882, gravure extraite du livre Bristol Past and Présent, de J. F. Nicholls et John Taylor.

Au cours de son histoire, la firme obtint plus de trois cents récompenses lors d’expositions nationales et internationales (dont une médaille d’or à Paris en 1878). Elle fut le fournisseur attitré de la reine Victoria et du prince de Galles, d’Édouard viiet de George v. Elle eut pour clients plusieurs monarques européens. Par ailleurs, elle fut très tôt promue fournisseur exclusif de la Royal Navy, son positionnement à Bristol, importante base navale, n'ayant pas été étranger à ce choix de la marine. Enfin, chargé d’une expédition dans l’Antarctique (1901), l’explorateur britannique Robert Falcon Scott (1868-1912) assura la promotion du cacao Fry.

En 1919, la chocolaterie fusionna avec Cadbury Brothers. Naquit ainsi la British Cocoa and Chocolate Company. Un jeune membre de la famille Cadbury, Egbert, connu comme « Major Egbert » pour s’être distingué pendant la guerre, rejoignit l’équipe dirigeante de Fry et devait y jouer un rôle prépondérant jusqu’à sa retraite en 1963. En 1921, à l’initiative du Major Egbert Cadbury et de Cecil Roderick Fry, il fut décidé de transférer toute l’activité de Fry de Bristol au site de Keynsham, à mi-chemin entre Bristol et Bath, site peu après baptisé Somerdale et qui présentait de nombreux avantages, de par sa situation au bord de la rivière Avon, la proximité de lignes ferroviaires importantes, le voisinage de mines de charbon, etc. Le déménagement à Somerdale devait prendre onze ans. À l’instar de ce qui se passait du côté de Cadbury, la philosophie Quacker prévalait chez Fry. Somerdale Garden City proposait services sociaux, médicaux, éducationnels, lieux de loisirs, jardin potager, etc. Soixante-dix maisons y furent construites pour les employés. Dans l’entre-deux-guerres, en dépit de la crise économique, l’entreprise s’efforça de maintenir sa position. De nombreux articles furent lancés pour entretenir les ventes. Ainsi, lancé en 1929, le Crunchie, à l’intérieur en toffee croustillant « nid d’abeilles » et à l’enveloppe de chocolat au lait, fut très vite populaire — il est aujourd’hui un produit phare de Cadbury. En 1935, Fry’s fut, d’un commun accord, complètement absorbé par Cadbury ; son directoire fut dissout, et remplacé par cinq directeurs de Bournville, avec Laurence Cadbury comme président. L’implication de la famille Fry s’en trouvait largement réduite, bien que la chocolaterie conservât son identité avec sa raison sociale de J. S. Fry & Sons Ltd.

Coll. A. P.-R.

Pendant le second conflit mondial, Somerdale continua de produire, avec le même souci de qualité. Une grande partie de l’usine fut réquisitionnée par le Ministère du Ravitaillement (Ministry of Supply), pour approvisionner les Bristol Aeroplane Works, qui, après les raids aériens, distribuaient du cacao dans les abris et les villes du sud-ouest. Les assortiments réapparurent timidement en 1947, puis à grande échelle en 1954. À partir de 1948, de nouvelles machines permirent d’automatiser la fabrication des Fry’s Chocolate Cream; disparurent alors les Fry’ Angels, ces jeunes ouvrières qui, jusque là, effectuaient manuellement le fourrage des bâtons. L’importante réorganisation du groupe à la fin des années 1960 visa à l’efficacité et à la rentabilité. En 1970, la confiserie de sucre de Cadbury s’installa à Somerdale. Le nom de Fry’s cessa d’être utilisé à Somerdale en 1981. Aujourd’hui, intégrée au groupe agro-alimentaire Cadbury-Schweppes. la marque figure sur deux produits, restés très populaires : le Fry’s Chocolaté Cream et le Fry’s Turkish Delight.

La chocolaterie Fry innova à bien des reprises. En 1795, à l’initiative de Joseph Storrs Fry, qui en déposa le procédé, elle fut la première en Angleterre à utiliser une machine à vapeur pour le broyage des fèves. En 1847, elle créa le premier « Chocolat délicieux à manger » en tablettes, qui allait être présenté lors d’une exposition tenue à Birmingham deux ans plus tard et connut un immense succès. En outre, elle conçut quelques-unes des friandises les plus populaires du Royaume-Uni. Lancés en 1853, les bâtons Chocolate Cream Sticks (« bâtons ») masquaient un fourrage de crème sous leur robe de chocolat. Ils furent modifiés en Chocolate Cream Bars en 1866, et leur forme actuelle — une barre présentant des divisions pour être facilement sectionnée — fut créée par Francis Fry en 1875. Aujourd’hui, le Fry’s Chocolate Cream se parfume aussi à l’orange et à la menthe. Commercialisé à partir de 1914, le Fry’s Turkish Delight est parfumé à la rose et enrobé de chocolat au lait. La compagnie produisit de nombreuses barres individuelles : Ripple Milk Chocolate, Little Folk Chocolate, Punch, Jersey Cream, Valencia, etc. Elle fut aussi réputée avant le second conflit mondial pour sa gamme d’œufs de Pâques. Quant au Tiffin, lancé en 1937, cette barre de chocolat au lait, alliant biscuit et fruits secs, fut un « snack » apprécié jusqu’à son retrait dans les années 1950.

L'emblème de la marque

 

In Pictures in colour of the Lakes of Killarney

and South of Ireland, ca. 1900.

1896, 40 x 57 cm.

Les affiches…

 

1891, 57 x 45 cm.

 

La publicité presse

 

Coll. A. P.-R.

 

Années 1930.

Les cartes postales

 

Coll. A. P.-R.

 

Les chromos

 

• Trafalgar

 

• With Captain Scott at the South Pole, 1913.

 

Les plaques émaillées

 

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