Peter

(Suisse)

L'inventeur du chocolat au lait

 

Fils de boucher, Daniel Peter (1836 - 1919) vint travailler à Vevey comme apprenti dans un commerce de denrées alimentaires, dont la patronne, Madame Clément, consciente de sa valeur, lui confia bientôt la fabrication des bougies. Sous la raison sociale « Frères Peter », il créa donc, avec son frère Julien, une fabrique de chandelles, rue des Bosquets. Mais la lampe à pétrole venant supplanter les bougies, Peter se tourna vers chocolat qu’il avait découvert auprès de François-Louis Cailler, dont il avait épousé la fille aînée, Fanny, en 1863. Il y pressentait un produit d’avenir : « Les produits industriels destinés à l’alimentation sont, sans contredit, dans le nombre de ceux dont la fabrication offre les perspectives les plus certaines. […] Depuis que les Espagnols l’ont importé en Europe [le chocolat], au commencement du XVIIsiècle, son usage s’est continuellement développé jusqu’à maintenant où il est entré dans l’alimentation générale, aussi bien que le café, dont il dépasse la valeur nutritive. », devait-il déclarer (1). Un stage d’ouvrier en France, dans une chocolaterie lyonnaise, lui apporta la formation espérée. De retour à Vevey, il monta, en 1867, avec son frère, une nouvelle société, leur permettant à la fois de poursuivre la fabrication de chandelles et de fabriquer du chocolat, sous la raison sociale « Peter, Cailler et compagnie ».

(1) Cité par Jean Heer,Nestlé, Cent vingt-cinq ans, de 1866 à 1991, 1991.

(2) Son fils, Jean, devait entrer au conseil d’administration de la société née de la fusion avec la Nestlé &Anglo-Swiss Condensed Milk Co., en 1929.

(3) Dans un mémoire de 1896. Cité par Jean Heer, Nestlé, Cent vingt-cinq ans, de 1866 à 1991, 1991.

Dans ses locaux de la rue des Bosquets, proches de l’usine de son beau-père François-Louis Cailler et non loin de celle de son ami Henri Nestlé, Daniel Peter fabriquait du chocolat le jour, avec un seul ouvrier et sa femme, laquelle était chargée du pliage. La nuit, il tentait de marier cacao et lait — pour ses expériences, il se procura du lait condensé auprès de l’Anglo-Swiss Condensed Milk Co. Ses essais aboutirent, en 1875, à l’invention du chocolat au lait, l’un des principaux jalons de l’évolution chocolatière dans la seconde moitié du xixesiècle. D’avoir vu Henri Nestlé incorporer du lait à sa farine lui avait suggéré d’associer du lait à la poudre de cacao, et la variété de chocolat qu’il réussit à créer lui valut une notoriété quasi immédiate. Des médailles vinrent le récompenser aux expositions internationales de Paris (1878, médaille d’argent) et de Zurich (1883, médaille d’or). Ses premières exportations concernèrent l’Angleterre, mais il ne négligea pas les marchés allemand, autrichien et italien. Mais, en dépit de son succès, Peter disposait de peu de moyens et connaissait de sérieux problèmes financiers. Il eut du mal à trouver des bailleurs de fonds, jusqu’à ce que, en 1896, il fondât, avec l’appui de deux personnalités veveysannes, Albert Cuénod (2) et L. Rapin, une société anonyme, « Société des Chocolats au Lait Peter ». Il devait écrire lui-même : « Je crois savoir d’une manière à peu près certaine que presque tous les fabricants de Suisse, sinon tous, ont tenté de me copier. C’est une preuve de la valeur qu’ils attribuent à ma création, et tous, après des essais infructueux, ont dû y renoncer, et je ne connais, à l’heure actuelle, aucune concurrence à mon produit, si ce n’est le chocolat au lait en pâte de l’Anglo-Swiss Condensed Milk Co. à Cham, espèce de confiture au cacao dont la conservation est limitée et qui ne répond absolument pas aux mêmes besoins. » (3) Inestimable invention, qui lui valut une dure concurrence… mais qui, dès lors, le fit progresser rapidement, puisque, en 1901, il ouvrit une deuxième fabrique à Orbe (canton de Vaud).

Les premières années du XXsiècle virent d’abord la fusion, en 1904, avec la maison Kohler (Société Générale Suisse de Chocolats Peter et Kohler réunis). Un rapprochement qui, pour Daniel Peter, avait pour double intérêt de supprimer une concurrence en Grande-Bretagne et en Amérique et d’être associé au secteur bénéficiaire du chocolat noir et des bonbons fins, dont Kohler s’était fait une spécialité. C’est en 1904 aussi que la jeune Société Générale Suisse de Chocolats Peter et Kohler réunis signa, pour quatre-vingt-dix-neuf ans, les accords la liant avec la Société Anonyme Henri Nestlé. Sept ans plus tard, en 1911, la maison Cailler fusionna avec Société Générale Suisse de Chocolats Peter et Kohler réunis, ce qui généra la « Société Peter, Cailler, Kohler, Chocolats Suisses S. A. » (PCK). Cette dernière devait, à partir de 1929, lier son histoire à celle de Nestlé, par une fusion d’intérêts qui devait profiter à tous ses acteurs.

Au tournant du XXsiècle, les spécialités produites dans les fabriques de Vevey et d’Orbe étaient le chocolat au lait et les bonbons fins de chocolat. Le chocolat au lait Gala Peter remporta la médaille d’or à l’Exposition Universelle de 1900. Sa publicité mettait en avant ses rapports à la santé : c’est, indiquait-elle, « le premier, le meilleur et le plus sain de tous les chocolats au lait suisse. Toutes les autres marques sont des imitations. Contenant beaucoup de lait et peu de sucre, il est d’une parfaite digestibilité et de plus ne donne jamais la soif. Le “ Gala Peter ” se recommande donc plus particulièrement aux enfants et aux personnes ayant l’estomac délicat ainsi qu’aux touristes et sportmen. »

Son association avec Nestlé lui permit de fabriquer en 1905 un chocolat au lait particulièrement doux, adapté au goût français, selon la recette de la maison Henri Nestlé S.A.

Vers 1900.

Ce ne fut qu’après maintes hésitations que Michel choisit le Gala Peter, deux tablettes. Il paya et sortit au grand regret d la chocolatière.

Elsa Triolet

Le Cheval blanc

 

Il y avait aussi […] la dame frisée comme un mouton, le Luxembourgeois, le grossiste, et aussi un fondeur que la tante Victoria avait surnommé Gala Petercar il ne cessait de croquer du chocolat. »

Robert Sabatier

rois sucettes à la menthe

 

La publicité

 

Anon., ca 1910, 89 x 59 cm.

Anon., 1906, 160 x 110 cm.

Anon., 1946, 102 x 64 cm.

François Gos, affiches offertes par Peter et Kohler, vers 1920, 38 x 98 cm.

1911.

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